Quand la fatigue fait siffler l’oreille droite

Vous m’avez entendu parler de l’impact du bruit, pour le meilleur et le pire, sur le sommeil. Mais récemment, j’ai reçu plusieurs questions lors de mon FaceBook Live Wake up mercredi (7:30 h PST si vous ne l’avez pas encore vu) sur les acouphènes et le sommeil. En regardant en arrière, je n’ai jamais écrit à ce sujet, alors j’ai décidé de plonger et d’en apprendre davantage.

Qu’est-ce que les acouphènes ?

L’acouphène, c’est entendre des sons qui n’existent pas dans l’environnement. On l’appelle parfois « la sonnerie dans les oreilles », mais la réalité est beaucoup plus large. Ceux qui en souffrent décrivent toute une palette de bruits :

  • Bourdonnements
  • Grésillements
  • Pulsations
  • Bruits rappelant une radio mal réglée
  • Sensations de montée ou de chute de volume sonore
  • Sifflements
  • Vrombissements
  • Morceaux de musique ou mélodies

Peu importe le type de bruit, une constante demeure : seul l’individu concerné l’entend. Et l’intensité varie. Près d’une personne sur quatre juge ces sons particulièrement envahissants.

On y est tous exposés, ne serait-ce qu’occasionnellement. Après un concert spectaculaire ou une journée de travail auprès d’engins vrombissants, le calme du soir s’accompagne souvent d’un bourdonnement. Cette gêne est parfois éphémère, mais elle suffit à rappeler la fragilité de l’audition. Un seul épisode sonore violent peut suffire à causer des dégâts cérébraux auditifs et à installer l’acouphène durablement.

Entre 25 et 30 millions d’Américains vivent avec des acouphènes sur la durée. Pour la plupart, ces sons ne disparaissent tout simplement plus. Quarante pour cent font face à ces bruits plus des quatre cinquièmes du temps d’éveil. Pour vingt pour cent, cette expérience va jusqu’à altérer la vie quotidienne ou provoquer une gêne sévère, voire une incapacité.

Le phénomène augmente avec l’âge, surtout parce que l’audition décline naturellement au fil des années. Pour les 65-84 ans, la proportion atteint 27 %.

Origines possibles des acouphènes

Les causes et facteurs aggravants sont multiples. Citons notamment :

  • Diminution de l’audition (pas nécessaire à chaque cas, mais fréquent)
  • Exposition répétée à des sons forts
  • Affections de l’oreille
  • Infections des oreilles ou des sinus
  • Choc ou traumatisme à la tête, au cou, ou à l’oreille
  • Problèmes articulaires au niveau de la mâchoire (ATM)
  • Bouchon de cérumen
  • Fluctuations hormonales (surtout chez la femme)
  • Problèmes de circulation sanguine ou du cœur
  • Pathologies thyroïdiennes
  • Certains médicaments : antibiotiques, antidépresseurs, diurétiques, traitements anti-cancéreux ou de fortes doses d’aspirine

L’hyperacousie, une sensibilité excessive aux bruits ordinaires (cris, éclats de voix, vaisselle…), accompagne parfois les acouphènes. Tous ceux qui souffrent d’acouphènes ne présentent pas d’hyperacousie, mais la cohabitation des deux symptômes n’est pas rare. D’après une étude, 30 % des personnes avec acouphènes rencontrent également des troubles du sommeil et de l’hyperacousie.

L’impact des acouphènes sur le sommeil

De nombreux témoignages convergent : s’endormir devient difficile, le sommeil paraît morcelé et au réveil, la sensation de fatigue persiste. D’après une étude, plus de la moitié des personnes atteintes d’acouphènes déclarent souffrir aussi d’un trouble du sommeil.

Voici les effets les plus souvent rapportés :

  • Période d’endormissement rallongée
  • Sommeil globalement écourté
  • Repos jugé peu réparateur
  • Sensation de fatigue au lever

Le phénomène est double. Les sons perçus gênent l’endormissement, et la pauvreté du sommeil aggrave la perception de ces bruits internes. Les spécialistes le remarquent chez nombre de patients : plus le manque de sommeil s’installe, plus l’acouphène devient difficile à supporter.

Le silence de la nuit exacerbe chaque grésillement ou bourdonnement. Le jour, le bruit ambiant occulte partiellement les acouphènes ; la nuit, ils prennent tout l’espace mental, gênant le sommeil profond.

Ce n’est pas uniquement une question de sons. Parfois, les acouphènes s’accompagnent de maux physiques : douleurs du crâne, tension cervicale ou rigidité de la mâchoire. Cela complique davantage l’accès à un sommeil réparateur. Le lendemain, la fatigue s’installe, rendant encore plus difficile la récupération nocturne. Et la spirale peut continuer : l’irritabilité, l’anxiété ou même un état dépressif viennent amplifier ce cercle négatif, car la frustration liée à l’acouphène sert souvent de déclencheur à ces troubles associés.

L’anxiété, facteur aggravant

Acouphènes, anxiété, dépression : la corrélation est forte. Selon une étude menée en 2016, près d’une personne sur deux concernée par les acouphènes développera un trouble anxieux au cours de sa vie.

Une forme particulière d’anxiété touche parfois spécifiquement l’endormissement. Au moment du coucher, la peur que les bruits prennent le dessus et empêchent de dormir occupe tout l’espace mental. Résultat : plus le cerveau tente de repousser ce bourdonnement, plus la tension grimpe, le corps se met en alerte, la température corporelle augmente. Le sommeil s’efface peu à peu.

Certaines habitudes risquent d’aggraver ce cercle vicieux :

  • Décaler son heure de coucher sans cesse ou adopter des rythmes chaotiques
  • Compter sur l’alcool pour se détendre avant de dormir
  • Passer trop de temps sur les écrans la nuit

À mesure que le sommeil se détériore, l’anxiété s’impose. À ce stade, la pleine conscience s’avère précieuse. Son utilité pour améliorer le rapport au sommeil et apaiser les pensées a été démontrée à maintes reprises.

La gestion du stress émotionnel représente aussi un enjeu de taille. Prendre le temps de se détendre, d’apaiser le flot mental, permet souvent de mieux vivre avec ces sons envahissants.

Apnée du sommeil, perte auditive et acouphènes : le trio redouté

Les chercheurs observent un lien incontestable : l’apnée obstructive du sommeil augmente la probabilité de perte auditive, et donc le risque d’acouphènes. Une étude menée en 2014 sur près de 14 000 personnes révèle que les troubles auditifs sont plus fréquents chez ceux qui souffrent d’apnée. Les interruptions du flux sanguin dans l’oreille interne, provoquées par l’apnée et souvent aggravées par une tension artérielle élevée, accélèrent l’apparition des problèmes auditifs et des acouphènes.

Fait parfois ignoré : le ronflement, signal typique de l’apnée, peut lui-même devenir assez fort pour endommager l’ouïe avec le temps.

Rappelons aussi que le lien peut être inversé : les troubles du sommeil frappent davantage les personnes qui endurent des acouphènes.

Des pistes pour mieux supporter les acouphènes et améliorer le sommeil

Aucun remède absolu n’existe actuellement, mais la recherche avance, notamment dans deux directions nouvelles :

  • Stimulation électrique ou magnétique des centres auditifs, directement au niveau du cerveau
  • Stimulation cérébrale profonde, visant à atténuer l’activité neuronale impliquée dans l’acouphène

En attendant l’avènement de ces solutions, la plupart des démarches se concentrent sur l’anxiété et la gestion de la réaction au bruit. Ces outils ne « guérissent » pas l’acouphène, mais ils le rendent nettement plus tolérable et aident à retrouver un sommeil plus apaisant.

Évitez l’isolement sonore absolu. Beaucoup rapportent qu’un fond sonore doux, bruit blanc, bruits continus apaisants, musique douce, facilite l’endormissement. Ces sons masquent les acouphènes, apaisent et rendent le sommeil plus accessible. Certains dispositifs combinent sons, lumière douce et senteurs pour favoriser la détente au couché.

Entraînez la pleine conscience. Prendre quelques minutes chaque soir pour se concentrer sur sa respiration, laisser les pensées défiler sans les retenir, peut nettement améliorer la tolérance à l’acouphène. Une étude réalisée en 2017 montre l’efficacité progressive de la méditation même à faible dose. Cinq minutes suffisent au départ, puis on augmente à mesure que l’habitude s’installe.

Diversifiez les techniques de relaxation. Les acouphènes génèrent naturellement du stress. Apprivoiser des gestes de détente en diminue l’impact. Parmi les techniques qui valent d’être tentées :

La respiration profonde, via l’exercice 4-7-8 :

  • Inspirez sur 4 secondes
  • Gardez l’air pendant 7 secondes
  • Expirez doucement sur 8 secondes
  • Répétez plusieurs fois

La relaxation musculaire progressive consiste à contracter chaque groupe musculaire puis à les relâcher, en commençant par les pieds pour finir par le visage. Ce processus dénoue les tensions et détourne l’attention des bruits internes.

L’imagerie guidée repose sur la visualisation d’un lieu serein, réel ou imaginaire, forêt, rivage, sentier, en prêtant une attention particulière aux sensations auditives apaisantes de ce décor mental. Cela aide l’esprit à décrocher.

L’aromathérapie complète l’arsenal de la relaxation, grâce à certaines senteurs : lavande, jasmin, vanille. Les effets relaxants de ces parfums sont reconnus pour aider l’endormissement.

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) mérite également d’être évoquée. Mener un travail guidé, en solo ou accompagné par un professionnel formé, permet de transformer la perception des acouphènes et le rapport à l’insomnie. Cet accompagnement a fait ses preuves sur l’anxiété, la déprime, la gestion du sommeil et la manière dont on perçoit les bruits internes.

Prudence avec les bouchons d’oreille. Leur intérêt en cas de bruit prolongé ou soudain ne fait pas de doute, mais un port permanent, surtout la nuit, peut accentuer la perception des acouphènes. Par ailleurs, l’usage répété favorise parfois la formation d’un bouchon de cérumen, problématique bien connue des ORL. Mieux vaut privilégier des bouchons jetables neufs à chaque usage, ou nettoyer soigneusement ceux qui sont réutilisables.

Signalez toute douleur inhabituelle à l’oreille. Une gêne persistante, une douleur sourde ou aiguë, peuvent traduire une infection ou un bouchon. Ces troubles, s’ils ne sont pas traités, risquent d’aggraver les difficultés de sommeil. Une consultation médicale s’impose lorsque la gêne dure ou s’amplifie.

Faites contrôler votre audition en cas de problème persistant. Consulter un médecin, un ORL ou un spécialiste de l’audition peut aider à repérer une cause sous-jacente, voire à atténuer la perception des acouphènes, notamment si un appareillage auditif se révèle utile.

Il existe encore une tendance à minimiser la gêne des acouphènes ou à reporter la prise en charge des difficultés de sommeil qui l’accompagnent. Pourtant, rompre ce silence, au propre comme au figuré, ouvre la voie à des nuits plus stables et à des réveils libérés de l’épuisement. Face à l’envahissement de ces bruits isolés, le simple fait d’en parler et de consulter est déjà un pas victorieux vers des nuits moins bruyantes.

Doux rêves,

Michael J. Breus, Ph.D., DABSM
Le SleepDoctor™
www.thesleepdoctor.com

Choix de la rédaction